Mardi 23 février 2010
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De Louise Story, Landon Thomas Jr, Nelson D. Schwartz - The New York Times - Extraits
Certaines tactiques de Wall Street qui ont alimenté la crise des subprimes aux Etats-Unis ont également renforcé la tempête financière qui secoue aujourd’hui la Grèce et mine l’euro.
C’est en effet la banque d’affaires américaine Goldman Sachs qui a aidé Athènes (au cours des dix dernières années) à contourner les garde-fous mis en place par l’Europe en dissimulant des
milliards d’euros de dettes aux contrôleurs budgétaires de Bruxelles.
En 2001, juste après l’adhésion de la Grèce à l’Union économique et monétaire européenne, Goldman Sachs, selon des personnes bien informées avait aidé l’Etat grec à emprunter discrètement
plusieurs milliards. Ce schéma, dont le public n’avait pas eu vent parce qu’il était conçu comme une transaction sur devises et non comme un prêt, avait permis à Athènes de respecter les règles
européennes en matière de déficit tout en continuant à le creuser.
Comme dans la crise des subprimes et l’implosion de l’American International Group [en 2008, le Trésor américain a injecté 180 milliards de dollars dans ce géant de l’assurance pour lui
éviter la faillite], les produits dérivés sont au cœur du problème. Les instruments développés par Goldman Sachs, JPMorgan Chase et toute une série d’autres banques ont permis aux responsables
politiques de Grèce, d’Italie et peut-être d’autres pays encore de masquer des emprunts.
Il existe peu de règles qui régissent la façon dont un pays peut emprunter l’argent dont il a besoin pour financer par exemple son armée et son système de santé. Le marché de la dette souveraine
– le terme de Wall Street pour les prêts accordés aux Etats – est aussi dépourvu d’entraves qu’il est vaste. Les banques se sont empressées d’exploiter ce qui était pour elles une
symbiose fort lucrative avec certains Etats dépensiers. La Grèce a ainsi versé à Goldman Sachs quelque 300 millions de dollars de commission pour le montage réalisé en 2001, selon plusieurs
sources bancaires.
Celui-ci reposait sur un type de produit dérivé appelé swap. Le swap de taux d’intérêt, par exemple, peut permettre à une entreprise ou à un Etat de faire face aux fluctuations
du coût de ses emprunts en échangeant des remboursements avec intérêts fixes contre des remboursements à taux variable ou vice versa. Un autre, le swap de devises, peut minimiser
l’impact de la volatilité des taux de change.
En Grèce, les montages de ce type portent le nom de figures de la mythologie et la sorcellerie financière est allée encore plus loin. Les autorités ont tout simplement hypothéqué les aéroports et
les autoroutes du pays pour emprunter des fonds dont elles avaient désespérément besoin – l’équivalent d’un vide-grenier à l’échelle nationale. Le contrat Eole a ainsi permis à l’Etat de
réduire le montant de sa dette en 2001. La Grèce a reçu des fonds immédiatement et s’est engagée à reverser à la banque les recettes futures des taxes d’aéroport. L’année précédente, c’étaient
les revenus tirés de la loterie nationale qui avaient été engloutis par un schéma similaire, baptisé Ariane. Le gouvernement avait alors classé ces opérations dans la catégorie des ventes, et non
dans celle des emprunts.
En 2002, de nombreux instruments qui, comme Eole et Ariane, n’apparaissaient pas dans les budgets nationaux, furent soumis à une obligation d’information, ce qui poussa les Etats à les
requalifier en prêts. “Dans plusieurs exemples, la titrisation [transformation de créances en titres négociables] semble avoir été délibérément conçue pour obtenir un certain résultat
comptable sans tenir compte de l’intérêt économique de l’opération”, relevait en 2008 Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne. Si ces astuces comptables sont sans doute
intéressantes à court terme, elles peuvent s’avérer désastreuses à long terme. George Alogoskoufis, qui était ministre des Finances [dans le gouvernement conservateur Caramanlis] avait dénoncé
devant le Parlement, en 2005, le montage réalisé en 2001 par Goldman Sachs, estimant qu’il contraignait l’Etat à rembourser de grosses sommes à la banque américaine jusqu’en 2019.
M. Alogoskoufis, qui a quitté ses fonctions début 2009, nous a déclaré par courriel que Goldman avait accepté par la suite de reconfigurer l’opération “pour restaurer ses bonnes relations
commerciales avec la République”. D’après lui, la nouvelle version était plus favorable à la Grèce. En 2005, Goldman a vendu le swap de taux d’intérêt à la National Bank of Greece (NBG), la plus
grande banque commerciale du pays, selon deux personnes bien informées. Ensuite, en 2008, Goldman Sachs l’a aidée à intégrer le swap dans une entité juridique nommée Titlos. Selon le fournisseur
d’informations financières Dealogic, la NBG a conservé les titres ensuite émis par Titlos, afin de s’en servir comme gage pour des emprunts contractés auprès de la Banque centrale européenne.
Selon Edward Manchester, de l’agence de notation financière Moody’s, ce swap, qui impose à la Grèce des remboursements à long terme, “ne sera jamais rentable pour l’Etat”.